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Ave Amira

    Amira Willighagen a maintenant seize ans. Nous pouvons dire adieu à la petite fille prodigieuse et saluer la femme merveilleusement talentueuse ! Dans un “Ave Amira” qui nous renvoie à tous les Ave Maria qu’elle a interprété aux cours de ces dernières années et par lesquels nous l’avons vu grandir et embellir. De plus, nos fidèles lecteurs l’auront à coup sûr remarqué, Amira et l’anagramme de Maria ; ce qui rapproche notre diva, non seulement de Maria Callas dont elle serait la réincarnation (le président du jury du concourt a lancé cette idée depuis largement reprise) mais aussi de la mère de Dieu dont elle a très tôt chanté les louanges. C’est par là que votre serviteur a reçu la révélation car, comme il l’a déjà raconté, c’est en cherchant à la fin du jour l’apaisement rédempteur d’un Ave Maria pour trouver le sommeil, qu’il a découvert une nouvelle interprète sur youtube avec le surgissement de cette petite mignonne toute fluette, couronnée de fleurs, qui concourrait à Holland’s got Talent pour la demi-finale avec son Ave Maria et bondissait dans l’escalier jusqu’au podium pour y paraître si menue, puis là... surprise inoubliable relevant du souffle divin ! elle entonnait le chant sacré avec une voix de diva qui remplissait tout l’espace – un véritable miracle ! Bien sûr elle emportait, haut la voix, cette seconde épreuve mais il me restait à découvrir qu’elle avait déjà fait sensation en remportant la première, alors qu’elle n’avait que 9 ans.

    Elle n’a pas cessé de faire sensation depuis ! Elle a enchaîné les succès et aussi les Ave Maria, où l’on retrouve l’inspiration de tant de compositeurs. Elle avait commencé ce jour-là, le 21 décembre 2013, cette grande série des avec l’Ave Maria de Gounod (Bach/Gounod).
Or, comme on le sait, Amira est Hollandaise mais elle est aussi Afrikaner par sa mère, un héritage qui lui tient visiblement très à coeur. Et c’est avec les recettes de ses concerts des 28 février et 1er mars 2014 à Somerset-West, près du Cap, où elle a repris son Ave Maria pour les Starlight Classics, qu’Amira a lancé son œuvre au profit des enfants déshérités des townships, en commençant par ceux d’Ikageng, près de Johannesburg, pour continuer jusqu’à présent en y consacrant la moitié de ses recettes. Mais elle est allée encore plus loin, le 9 août 2014 suivant, au Starlight Concert à Durban où, toujours vêtue de “probité candide et de lin blanc”, elle chantait une version très spéciale de cette prière, puisque au nom de Maria se substituait, sans crier gare, celui de “Madiba” –  un nom tribal se référant à Nelson Mandela ! auquel Gounod n’avait évidemment pas pensé pour composer sa musique à la gloire de la Mère de Dieu. Sans sembler se rendre compte du grand écart qu’on lui faisait faire Amira y a apporté la contribution de sa voix d’ange en toute innocence avec la fraîcheur de l’enfance, et une fois de plus, nous a fait vibrer comme si de rien n’était. Après ce pas de côté plutôt surprenant, fort Heureusement elle revenait, quelques jours plus tard le 20 août 2014, à l’orthodoxie de l’Ave Maria de Gounod au Susana Giménez TV Show en Argentine, accompagnée au violon par son frère. Et le 21 décembre 2014 elle recommençait à la télé française en compagnie de sa tortue “Schilpaddie” au show "Du côté de chez Dave" diffusé sur France 3, mais apparemment en playback. L’histoire rebondit le dimanche juin 2015, quand la queue de comète des Ave Maria d’Amira vient balayer la rue au centre-ville de Bruxelles. En cet après-midi froid et venteux, un musicien de rue professionnel rassemble son public, comme il aime à le faire, autour d’un pot-pourri comprenant aussi l’Ave Maria de Gounod. A ce jeu, on rencontre évidemment toutes sortes de gens qui parfois posent des exigences insensées et qu’il faut éconduire. Ce jour-là s'est approché de lui un homme qu’il a commencé par ignorer en continuant à chanter. L’homme a attendu poliment et quand il eut fini son morceau l’a (en résumé) ainsi relancé :
“ Je suis ici une jeune star qui aimerait chanter avec vous
– Plus tard, je suis au milieu d'un concert !
– Vous ne le regretterez pas, elle est géniale, elle aimerait reprendre l'Ave Maria
– l'Ave Maria hein ! Bon amenez-la  moi...
– bonjour, lui alors dit poliment une petite fille douce et timide
– bien, dans quelle clé joue-t-on ?”
C’est alors l’homme à côté d’elle qui lui a dit : serait mieux en sol qu’en fa... Amira ! Et là, comme frappé par la foudre, le musicien l’a reconnue car il l’avait vue à la télévision. Comme il le raconte : “mon cœur s’était arrêté puis il repartit pour battre la chamade. C’était pour moi le moment de vérité (do or die) d’accompagner cette chanteuse de onze ans si pleine de talent. J'étais tellement impressionné par sa voix qu’il m’a fallu me concentrer très fort sur ma guitare”. Cette anecdote montre magnifiquement qu’Amira, bien que devenue une star internationale, avec des millions de fans, reste pénétrée du pur désir de chanter au point de rejoindre, en toute simplicité et toute modestie, un chanteur de rue et son public populaire pour les enchanter. Elle a aussi montré son courage et sa détermination : volontaire pour chanter en plein air, en plein vent.

Ave Amira

    Mais il n’y pas que Gounot et le 12 septembre 2015 à un concert de charité tenu à l’église Saint Martin de Brasted, en Angleterre,  Amira, en robe blanche longue, accompagnée à l’orgue par Alma Deutcher (une autre enfant prodige) chante l’Ave Maria de Cassini (Vavilov) et, pour une fois elle chante sans microphone, ce qui montre bien qu’elle peut devenir une chanteuse d’opéra. Puis, le 19 décembre 2015, Amira a fait un pas de plus en interprétant l’Ave Maria de Gomez, à l’église Saint Pierre Canisius de Nimègue, sa ville natale, accompagnée musicalement par sa famille. C’est toujours la petite fille modèle en robe blanche courte, aux côtés de sa mère et de son frère (son père étant à l’orgue) émouvante par son application, et renversante par sa voix sublime. Mais à ce stade on ne voyait encore qu’une petite fille charmante avec une voix improbable dans une robe de communiante. Ce n’était pas très différent quand, quelques jours plus tard, elle endossait une robe blanche un peut plus longue au concert de Noël à Madrid, pour revenir à l'Ave Maria de Cassini toujours avec sa voix à tirer des larmes à une statue de pierre.

    Tout a changé à cet autre concert de Noël de l’année 2015 à Reykjavík, où elle était scénarisée dans un duo avec le ténor islandais Gissur Páll Gissurarson. Une étape était franchie car on a assisté là à une une véritable transformation, la petite fille en robe blanche s’était métamorphosée en une petite femme, en robe longue, couleur d’or, comme sa voix. Elle commençait à démontrer son professionnalisme, par son maintien sur scène et la manière de placer sa voix brillante, si bien qu’elle fut à la fin applaudie et acclamée en particulier par son partenaire au cri de “Amira bravissima... Oh mama mia !” Une page était tournée, c’en était fini des robes courtes de fillette, le 30 juin 2016 pour le concert Classics is Groot à Pretoria, Amira Willighagen était revêtue d’une somptueuse robe de scène bleue Saint-Denis, qui aurait été parfaite pour chanter les louanges à la reine du ciel dont c’est la couleur, mais qui a servie pour une divinité un peu moins catholique puisque elle la portait pour chanter “O Sole Mio” en duo avec le baryton napolitain Patrizio Buanne. A chaque concert Amira fait un pas en avant, et nous avons pu admirer là une toute jeune femme, tellement ravissante et attendrissante, qui répondait délicatement au numéro de charme de son partenaire, un “latin lover” qui la mettait galamment en valeur. Ainsi, quand il tend sa main magnétique vers elle on la voit sourire et tressaillir gentiment, quand il met le genou à terre devant elle, elle met sa main sur son cœur avec un brin d’humour... mais son émotion charmante ne l’empêche pas de placer sa reprise au quart de seconde, comme une vraie professionnelle avec, en plus de la précision et de la présence, une voix posée, riche, généreuse, affirmée et inépuisable. Ce spectacle enchanteur nous permet d’apporter un éclairage nouveau à la vieille querelle théologique sur le sexe des anges. Cet ange-là est assurément féminin.

    Il y a en elle toute la féminité : charme, douceur, séduction. Elle en a apporté la preuve irréfutable, le 2 décembre 2017 à Utrecht, avec une chanson d’amour profane “Your Love” sur le thème du film “Il était une fois dans l’Ouest” composé par Ennio Morricone, accompagnée du Metropole Orchestra et de l’Inspirational Community Gospel Choir. Seule sur le podium avec son public tout autour, elle apparaissait hiératique dans sa robe de soie noire princière, lacée dans le dos, toutes voiles dehors pour provoquer une fascination irrésistible par sa beauté, sa grâce, l’élégance de son maintien et de ses gestes, en plus de sa voix profondément envoûtante. Si l’on s’en faisait la réflexion, on n’arriverait pas à croire que cette apparition iconique de la femme dans toute sa splendeur soit le fait d’une toute jeune fille de treize ans et demi. Mais Amira court sans perdre haleine, c’est une étoile filante. Début 2018, on la retrouve en duo avec Sunnyboy Dladla, un ténor sud-africain, et c’est encore une autre Amira. Ce n’est plus, comme dans le précédent duo, la jeune débutante émue par la galanterie de son partenaire, mais, une Carmencita flamboyante en robe rouge qui, cheveux aux vents, agitant ses jupons pour esquisser des pas de danse, nous emporte sur l’air de Funiculi Funicula, avec force et beauté, rapidité et intensité, éclipsant son talentueux partenaire par un talent plus grand encore, et laissant entrevoir le jour où les hommes viendront lui manger dans la main.

Ave Amira

    Mais en attendant, lorsqu’elle a interprété, le 28 mai 2016, l’Ave Maria" de Gounod au Festival della Vacanza à Lecce, les membres du chœur semblaient aussi impressionnés que s’ils avaient eu à affaire à la Vierge Marie en personne. Il faut dire qu’elle était l’incarnation de la pureté avec son visage de madone et sa robe de style antique couleur argile qui s’harmonisait parfaitement avec ses cheveux coiffés simplement. Sa voix glissait lentement sur l’air telle un souffle divin incroyablement apaisant, comme capable de guérir toutes les blessures du corps et de l’âme. Fini les robes de fillette ! elle a maintenant l’âge des robes de scènes théâtrales car, aussi bien, on a pu constater avec l’Ave Maria de Caccini qu’elle a chanté à la nouvelle église d’Huizen (Pays-Bas) le 9 décembre 2016 que sa voix est en train de muer c’est-à-dire de, sans perdre son squillo dans les aigus, gagner en résonance vers les graves. Cela continuait le 20 mai 2017 avec l’Ave Maria de Cassini au festival Aqua Musica à Steenbergen près de la Haye, où, dans une robe de comte de fée de couleur argent cette fois, qui seyait parfaitement à cette princesse angélique si pleine de talent, Amira lançait comme toujours sa voix toute-puissante dans des registres impossibles à son âge... des progrès qui resteraient à faire, dans la gestion du souffle par exemple, ne pourront pas poser de problème à une championne de demi-fond. Donc, elle n’a pas fini de nous surprendre, mais en même temps, plus elle grandira et moins sa prestation apparaîtra surhumaine, elle finira par rejoindre le cortège des grandes divas de l’histoire, admirée de tous.

    Mais il y avait bien sûr un grand absent dans ce florilège, à savoir, l’incontournable Ave Maria de Schubert, si magistralement interprété par Maria Callas, où tous ses fans attendaient Amira. Ce fut chose faite le 5 octobre 2019 au Classical Festival au Kopanong Auditorium de Bloemfontein en Afrique du Sud, dont malheureusement nous n’avons qu’un enregistrement sur téléphone mobile, qui ne rend pas justice à Amira, aussi bien en terme de son que d’image. Mais l’essai a été transformé le 9 décembre suivant, au concert de Noël donné dans l'église Saint-Jacques de la Haye par le journal Trouw. Ainsi la boucle est bouclée : Amira a rejoint la Callas dans l’imaginaire de ses fans, aussi sublime, aussi talentueuse, et apparemment aussi capable de l’égaler en tant que grande chanteuse d’opéra comme nous l’espérons tous depuis le début. Mais le désire-t-elle ? La petite hollandaise espiègle à dit dans une interview qu’elle voulait être serveuse au McDo et une autre fois qu’elle souhaitait devenir Avocat. Heureusement elle a aussi déclaré qu’à choisir entre manger du gâteau au chocolat et chanter l’opéra, elle choisirait l’opéra. Malgré son succès Amira est restée modeste, elle n’est pas dévorée d’ambition mais plutôt consumée de passion. C’est comme cela qu’elle fait bouger les lignes, grâce à un don unique que personne ne s’explique vraiment. On a beaucoup dit qu’elle était une vieille âme et même la réincarnation de Maria Callas. Cependant cette thèse s’oppose à celle, plus intuitive, du phénomène, de l’inouï et du jamais vu, c’est-à-dire de la créature céleste pour les croyants et de la mutante pour les athées.

    Mais à seize ans, Amira doit d’abord terminer sa scolarité, elle encore un peu trop jeune pour relever ce défi. Un opéra est plus long qu’un Ave Maria, il faut tenir au moins deux heures sur scène, en costume, il faut ajouter la dimension théâtrale. Il faut faire des tournées. Bref cela réclame une formation et un entraînement spécifiques, doublés d’une immense implication. Il n’y a aucun doute sur la capacité d’Amira d’effectuer ce marathon brillamment, avec la même énergie qu’elle a déployée comme athlète dans la course de demi-fond pour arriver en tête. Mais il ne faudrait pas qu’en se coulant dans le moule elle y laisse sa beauté naturelle, sa pureté, sa spontanéité, son émotion rayonnante qui a fait d’elle une star, que tout cela soit balayé par la technique. Mais en même temps c’est impensable ! Ceux qui l’aiment n’imaginent pas un instant qu’elle puisse cesser d’être elle-même, c’est-à-dire un être extraordinaire, l’incarnation de la musique qui nous fait vibrer de la  première à la dernière note. Elle a atteint la renommée internationale dès ses 9 ans avec “O mio babbino caros”extrait de l’opéra Gianni Schicchi, en fait l’air le plus célèbre du Triptyque de Puccini, qui était justement une des arias préférées de Maria Callas (on y revient toujours) alors comment ne pas croire que son destin soit l’opéra ?

Frédéric Sausse

Tag(s) : #Article de presse
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