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Les dits de l’âne béat – par le père Champagnac

Si je regarde bien, j’arrive à bien voir ce qui est éclairé, mais pas la lumière. Tandis que dans les ténèbres ce qui est lumineux me semble proche de la lumière, surtout s’il est loin de moi.

Quand je pense découvrir du nouveau, ne pas vouloir tout de suite aller plus loin, plus haut, plus profond. S’arrêter à ce qui a été découvert assez longtemps pour le situer, l’apprécier, m’y apprivoiser. Trop de précipitation empêche l’enracinement, l’assimilation. Comme pour la nourriture !

Rien de ce que je pense ne peut être le bien parfait. D’ailleurs, on ne “pense” pas “bien”, on pense juste, y compris à propos de ce qui est bien.

Cela semble certain : c’est en vivant au sein du monde que l’homme a commencé à se poser des questions sur un dieu, et donc bientôt sur son rapport avec lui. Donc priorité de l’expérience vécue sur  celle de la raison, de l’intuition sur l’intelligence.

L’expérience de nos limites dans la connaissance nous met à la frontière de l’inconnu, du Mystère qui englobe notre ignorance en recherche. Au seuil de l’évidence que le Mystère est et qu’il est au-delà de toute objectivité, il y a aussi qu’il nous imprègne au point de faire de nous une part de lui-même. Image en vue de la Ressemblance.

Connaître l’Ecriture, en être familier, s’en nourrir quotidiennement n’entraîne pas que la mémoire fournisse automatiquement les mots, les images qui éclaireront la situation présente, mais on a dans la mémoire du cœur ce qu’il suffit de l’histoire de Jésus pour éclairer la mienne : mon histoire et non ma situation présente.

Il y a deux silences, deux vides, deux morts, etc. Selon la direction du désir. Dans un autre ordre, n’y a-t-il pas une sorte d’unité entre l’instant et l’éternité, entre l’infiniment petit et l’infiniment grand ?

L’éternel englobe le temps comme aussi l’espace qui est mesuré par le temps. Donc aussi le devenir. Il ne suffit pas de les mettre en opposition : deux ordres, intérieurs l’un à l’autre. Il m’est plus aisé de penser l’éternel dans le temps que le temps dans l’éternel.

Nombreux ceux qui pensent monter en allant de l’avant, droit devant soi.

Il faudrait pouvoir se détacher : vider notre désir de tout objet, de toute visée limitée, mais sans le ruiner, de manière à libérer en nous la seule capacité d’accueillir le Tout. Ouverture et attention.

L’homme spirituel dans la société est comme l’esprit dans le corps. Son action peut n’être que minime, il n’en est pas moins signifiant comme centre vital et verticalité.

Face à l’individualisme roi, quelle force peut rétablir l’équilibre ? Quel contraire ? Le service qui suppose le détachement de soi ?

Depuis les Lumières la promotion de la bourgeoisie a substitué à la religion humaniste le culte de l’Humanité, puis le Progrès, puis l’Economie et enfin l’Argent. En trois lignes, l’évolution de la démocratie.

Tous les éclairages qu’apportent les sciences humaines ne peuvent concerner que  « l’homme généralisable », que ce qui fait partie de l’humain objectivable, mais d’aucune manière le “je” personnel.

Où sont aujourd’hui la patrie, la liberté, l’honneur, la dignité de l’homme, des pauvres, et les raisons de mourir pour cela ?

La vie humaine est telle que la majorité des difficultés et des peines qui s’y rencontrent toujours reste insoluble et destructrice en dehors du renoncement à soi-même et du cheminement vers la justice et la sainteté.

Quand le vrai advient, l’apparence devient superflue, obstacle à dépasser.

Si tu découvres chez autrui un défaut qui t’insupporte, c’est que tu l’as aussi. C’est pour cela que tu l’as découvert. Un défaut chez toi, tu n’en es pas blessé, mais chez autrui tu en es agacé.

Quand on rencontre quelqu’un, un peu en profondeur, il faudrait pouvoir en arriver assez vite à ces questions : Quels sont nos tourments, nos souffrances ?

L’événement personnel avant l’Être, le sujet avant l’objet, la bonté avant le bien, le vrai avant la vérité, la connaissance plutôt que les savoirs. Mais pas les uns sans les autres.

Philosophie : Tant que la raison raisonnera sur le raisonnable et son ordre, jamais elle n’atteindra ce qui fait de l’Homme l’icône du Créateur, icône en train de se faire et d’être faite.

Certains vieillards se découvrent une sorte d’ardeur juvénile, bien différente de celle des jeunes. Une sorte de fraîcheur habite leur regard, maintenant détaché de bien des désirs et qui peut voir le monde d’un autre œil. L’automne de la vieillesse peut être habité par l’aube du printemps divin.

Un désir de notre nature disparaît quand il est satisfait, jusqu’à ce qu’il revienne : boire, manger, dormir, le sexe, la domination, etc. Pourquoi ? Parce que nos capacités sont limitées. Il n’en est pas de même pour l’argent, l’avarice, qui n’ont pas de limite en notre désir d’avoir.

En vue des buts possibles de son histoire, l’homme se trouve devant divers ordres d’engagement et donc de devenir : l’ordre économique, celui de la prospérité en vue du bien-être ; l’ordre politique, en vue de la paix par la justice ; l’ordre éthique, en vue de la vie vertueuse ; l’ordre religieux, qui vise la Fin ultime. Idéalement l’homme devrait s’investir et se développer harmonieusement en ces quatre ordres. Mais très généralement il s’investit majoritairement, voire exclusivement dans un seul de ces ordres. Le caractère « non rationnel » de l’ordre religieux chrétien le fait compatible avec les rationalités des trois autres, mais pas avec le rationalisme, ni avec l’irrationalisme des diverses gnoses (hermétisme, gnosticisme, alchimie, astronomie, démonisme et toute idéologie politique érigée en absolu). Rationalisme et irrationalisme prétendent en fin de compte abolir l’abîme qui sépare le contingent du Transcendant.

Ne pas penser évolution là où il s’agit de maturation, d’approfondissement, d’enfouissement dans les profondeurs inconnues. Le concept d’évolution dit quelque chose de linéaire et de progressif qui ne convient guère aux aventures spirituelles.

Tag(s) : #Billet

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