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La Maison Heinrich Heine fête ses soixante ans, encore faut-il préciser qu’il s’agit de la Fondation de l’Allemagne qui fut la première représentation officielle de l’Allemagne en France après-guerre et qui fut rebaptisé « Maison Heinrich Heine » en 1967, du nom du poète qui peut incarner le mieux le pont entre les deux pays. La maison, en plus d’être une résidence universitaire, est aussi un des quatre principaux centres culturels franco-allemands à Paris. Elle possède une bibliothèque dotée d’environ 20 000 volumes et organise ou accueille de nombreux événements culturels : concerts, conférences, colloques, tables rondes, rencontres, représentations, projections, etc. dont les officiels qui ont successivement pris la parole pour l’occasion ont souligné la richesse et la diversité.

La célébration s’est déroulé du 23 au 26 novembre avec un concert chaque soir et pour point culminant la journée du 24 et l’intervention du professeur Alfred Grosser, Président d’honneur, placée au milieu d’un programme très riche :
16h30 Ouverture officielle du 60e anniversaire de la Maison 60 ans de dialogue culturel et intellectuel. Mot de bienvenue Christiane Deussen, Directrice de la Maison Heinrich Heine
Projection : Un jour à la Maison Heinrich Heine court-métrage (2016, 5 mn.) de Teresa Badas
S. E. Nikolaus Meyer-Landrut, Ambassadeur d’Allemagne Président du Conseil d’administration
Jean-Marc Ayrault, Ministre des Affaires étrangères (Premier ministre 2012-2014)
Ensemble Vertebræ Olivia Abreu flûte – Anna Paolina Hasslacher piano – Beat Furrer Presto
Marcel Pochard, Président de la Cité internationale universitaire de Paris
Ulrich Grothus, secrétaire général adjoint du DAAD
18h conférence-débat avec Alfred Grosser. Les difficiles relations politiques franco-allemandes
 

S. E. Nikolaus Meyer-Landrut – Jean-Marc Ayrault  – Marcel Pochard  – Ulrich Grothus

S. E. Nikolaus Meyer-Landrut – Jean-Marc Ayrault – Marcel Pochard – Ulrich Grothus

Alfred Grosser, dont la Cité a fêté le 90ème anniversaire l’année dernière par une grande réception, est bien connu comme politologue, sociologue et historien. On peut dire qu’il incarne lui aussi le rapprochement franco-allemand qui a toujours été au centre de son travail et de ses préoccupations. Mais au cours de sa longue carrière de professeur, de chroniqueur et d’essayiste, il a montré qu’il pouvait aborder tous les sujets avec une égale aisance.
Son propos liminaire, en prenant la parole le 24, a été pour souligner, que malgré les demandes pressantes, il n’avait révélé à personne les sujets qu’il allait aborder, et que donc le suspense était total pour chacun. En fait, il n’y avait pas de sujet privilégié puisque justement il les a abordé tous les sujets, dans un survol de toute l’actualité nationale et internationale... dont nous allons retracer ci-dessous quelques étapes.

Les difficiles relations politiques franco-allemandes – Alfred Grosser avec Hélène Miard-Delacroix et Günther Nonnenmacher

Les difficiles relations politiques franco-allemandes – Alfred Grosser avec Hélène Miard-Delacroix et Günther Nonnenmacher

Le premier point d’importance concernait bien naturellement l’Allemagne, ou plusieurs en l’occurrence, puisqu’il s’agissait d’une carte d'Europe, publiée par le Parisien le 22 novembre en illustration de l’article intitulé : “Primaire à droite : dans le programme de Fillon, il y a encore deux Allemagnes !” Eh oui ! Certains nous diront que c’est la République Démocratique Allemande qui a disparue et non l’Allemagne de l’Est. Peut être ! Le hic est que dans le document de campagne de François Fillon dont elle est extraite cette carte accompagne un chapitre intitulé... « Frontières » et montre les deux Allemagnes d’autrefois séparées par un fossé graphique. Ce qu’Alfred Grosser juge évidemment scandaleux. Passant à la politique européenne et au Brexit, il soulignait que l’Allemagne souhaite que les négociations qui doivent le suivre soit douces, pour préserver ses bonnes relations avec le Royaume Uni, tandis que la France souhaite qu’elles soient dures afin instiller l’inquiétude quant à la candidature Le Pen. Et puisque nous sommes entrés dans la période des élections-sidération, il fallait parler de Trump, pour signaler ses réserves biens venues quant au TAFTA, qualifié de déloyal. Et un sujet de regret dans le fait la caractéristique de « premier partenaire commercial », très souvent mis en avant pour souligner la qualité de la relation franco-allemande, est devenu caduque en 2015, où les Etats-Unis ont remplacé la France comme premier partenaire commercial de l’Allemagne pour ses exportations, tandis que la  Chine se plaçait en tête pour les importations. Et pour revenir en France, il semblerait que nous croyons (dur comme fer) à notre parc nucléaire bien qu’il soit à l’arrêt (est-ce là la raison ?). Une inquiétude fut exprimée sur les classes bilingues franco-allemandes aujourd’hui menacée. Concernant la question incontournable des réfugiés, alors que l’Allemagne les accueille en France on les poursuivrait plutôt. Et de citer la conférence des évêques sur la nécessité de les accueillir. Et si les évêques sont un exemple de moralité, (le président) Poutine serait plutôt un contre-exemple pour des raisons qui n’ont pas été beaucoup développées. Quant au chapitre de l’immoralité, pèle-mêle viennent les compromissions acceptées pour pouvoir vendre des armes à l’Arabie Saoudite, la guerre de la tomate avec le Ghana et les responsabilités dans le changement climatique, notamment en Afrique. Autre qrand sujet de préoccupation, l’euro, qui aurait besoin d’un noyau dur car pour une monnaie commune comme pour une armée commune, rien n’est possible sans volonté politique commune. L’examen des finances de l’Etat ne peut que susciter l’inquiétude lorsqu’on voit que si le premier poste budgétaire est celui de l’éducation, le second est le remboursement, non pas de la dette mais des seuls intérêts de la dette, avant celui de la défense. Cette dette qui augmente sans cesse pèsera sur les générations futures, inéluctablement. En Allemagne le paradoxe est que si le solde du commerce extérieur est largement positif, les infrastructures s’effondrent, un budget en excédent peut avoir des effets pervers. C’est la dureté des temps ! On voit la victoire du mensonge, la puissance de l’argent, les différences indépassables, tout cela induit des pensées ou des arrière-pensées assez décourageantes sur la prégnance des forces hostiles à l’humanité. Avec ensuite, comme exemple, le patchwork des relations franco-allemandes qui serait consternant.

 Alfred Grosser communique in fine sa bonne humeur

Alfred Grosser communique in fine sa bonne humeur

Le débat s’est organisé spontanément sur les thèmes évoqués et, malgré ces propos désabusés et la conclusion plutôt pessimistes, la séance a été levée dans la bonne humeur par un Alfred Grosser au rire communicatif, comme le montre la photo finale.

Frédéric Sausse

Tag(s) : #Article de presse

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