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Le grand salon de la Fondation des États-Unis  –  Asakusa, quartier populaire de Tokyo

Le grand salon de la Fondation des États-Unis – Asakusa, quartier populaire de Tokyo

Une de nos excursion nous a conduit, le 11 octobre dernier, à la galerie Philomuses, qui expérimente les correspondances entre les arts, et se définit, selon sa directrice artistique Chantal Stigliani, comme un espace dédié aux artistes. Situé dans un quartier des plus branché, quai des Grands Augustins, c’est un lieu magique, hybride entre galerie d’art, salle de concert, cave, loft, lieu de réunion et de vie. Ce jour-là était présentée une série de concerts, aussi divers que l’accordéon de Basha Slavinska  puis que Martin Ivanov au piano et Sasha Boldachev à la harpe. Mais en gardant le premier (avant ces trois là) pour la fin, nous avouons que c’est le Duo Nishi qui nous avait attiré là, car ilest constitué par deux de nos vieilles connaissances pourtant très jeunes.

Nicky Purser qui, bien qu’américaine, a commencé le piano en Grande Bretagne à l’âge de cinq ans avant de parcourir le monde. Résidente à la Fondation des Etats-Unis de 2011 à 2014, elle y a joué avec de nombreux musiciens, notamment avec des saxophonistes, découvrant la musique contemporaine et l’improvisation libre. Egalement résidente à la Cité des Arts, pendant l’année écoulée, elle y a exploré la musique de Toru Takemitsu et les connexions entre les esthétiques japonaises et occidentales, avant de  fonder le Duo Nishi avec Noa Mick.

Noa Mick, originaire de Haïfa, a passé deux ans dans l'Orchestre de l’Armée Israélienne pendant son service militaire, avant d’arriver à Paris en 2012. Bien que soliste accomplie, Noa est passionnée par la musique de chambre et la musique contemporaine. Elle  souhaite participer au développement du répertoire contemporain pour le saxophone en y introduisant une nouvelle musique plus accessible au public.

Nicky Purser et Noa Mick ont commencé à jouer ensemble à la Fondation des États-Unis, où elles résidaient, avec au tout début : Lamento et Rondo de Pierre Sancan, pour saxophone et piano. Elles ont ensuite fait équipe dans un programme de musique de chambre du Conservatoire à Rayonnement Régional de Boulogne-Billancourt, en coordination avec le compositeur François Rossé pour travailler sur “Nishi Asakusa”, sa pièce de musique contemporaine inspirée de l’harmonie japonaise. Ce nom renvoi à un quartier populaire de Tokyo et à sa partie ouest (Nishi), nom retenu pour créer le Duo Nishi en 2015. Cette année, en 2016, le duo s’est produit à la  Cité Internationale des Arts avec Incanto IX pour saxophone ténor et piano de Simone Movio, encore un compositeur contemporain. Puis les deux musiciennes ont participé à l'édition 2016 du Festival Impromptu à Chambon-sur-Lignon, avec un  répertoire contemporain et classique, soit en chambriste, soit en soliste. Elles ont dans leurs projets plusieurs collaborations avec de jeunes compositeurs et un enregistrement.

Nicky Purser et Noa Mick à la galerie Philomuses

Nicky Purser et Noa Mick à la galerie Philomuses

Pour ce “concert jeunes talents” dans le cadre élégant de la galerie Philomuses, le Duo Nishi a commencé avec une pièce contemporaine pour saxophone soprano : “Tadj” de Christian Lauba... un début lancinant, insistant et obsédant en même temps qu’assourdi conduit par un doigté nerveux avant de finir claironnant et parfois strident.
Ensuite Noa a joué “In modo dorico” un caprice de S. Karg Elert, un compositeur post-romantique allemand quelque peu délaissé mais qui a joui d'une célébrité considérable entre les deux guerres. De forme libre le “caprice” est rapide, intense, et souvent virtuose, comme c’était le cas dans cette interprétation remarquable en abondance sonore, véritable communion avec l’esprit du compositeur en un double souffle.

Le duo, à proprement parler, a commencé avec Arabesque III de Ichiro Nodaira pour saxophone alto et piano. Ce morceau contemporain montrait de façon exemplaire comment le son peut être unifié entre deux instruments, avec le doigté précis explorant toutes les possibilités du piano, créant à partir d'éléments simples une structure complexe échappant à l’analyse. L’exécution produisait une remarquable fusion des deux instruments réunis acoustiquement pour donner l'impression d'un corps sonore unique.

Puis retour au solo de saxophone alto avec les deux premiers mouvements de la deuxième Partita pour violon de Bach, la succession allemande-courante composée de mouvements de danse dans le genre baroque. Et bien que le son du saxophone soit presque antithétique au violon, dans la solennité du tempo on retrouvait le style inimitable de Bach. L’absence du mouvement final de la Partita, la fameuse Chaconne, ou ciaconna était, en quelque sorte compensée par la présentation de celle de S. Karg-Elert, dans un deuxième caprice, totalement sensoriel comme le premier.

In fine, le duo a repris avec Giration, le 2ème mouvement du concerto pour saxophone et orchestre de H. Tomasi, que Nicky comparait, en introduction, à la Symphonie Fantastique de Berlioz pour son plein d’énergie tournoyante. Dans ce morceau, l’écriture pianistique, en réduction de l'orchestre, atteint une complexité qui exige la plus grande concentration. Ainsi le piano peut servir de socle aux envolées du saxophone, comme des élans du coeur. Là encore, les deux musiciennes ont exprimé de concert, leur harmonie.    

le Duo Nishi en concert

le Duo Nishi en concert

On voit que Nicky et Noa, sans avoir renoncé au répertoire classique, manifestent un fort engagement pour la musique contemporaine. Ce choix exprime ce qu’on peut appeler une volonté de résistance de l’expression artistique. Si l’on peut oser une comparaison : on dit de la peinture abstraite qu’elle est indicielle, c’est-à-dire qu’au lieu de se tourner vers la représentation d’un objet extérieur, soit-il même surréaliste, elle se tourne vers l’intérieur de l’artiste. C’est cette réalité là qui est recherchée et on peut, peut-être, faire le parallèle avec la musique contemporaine qui sollicite plus directement la personnalité du musicien.

Frédéric Sausse

Tag(s) : #Article de presse

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