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Comme vous le savez tous, la Cité hiberne en été et il ne s’y passe plus grand chose sur le plan culturel avant la rentrée de septembre. C’était donc l’occasion de traiter un sujet qui ne soit pas spécifiquement relié à la Cité, bien qu’un événement musical aussi significatif possède malgré tout un lien théorique avec notre Cité, où ont lieu tant de concerts magnifiques tout au long de l’année. Tout est dans tout, et réciproquement !

Je commencerais par une anecdote pour expliquer le cheminement improbable menant à cet article. Je voulais visiter le Désert de Retz, dans la commune de Chambourcy, un jardin anglo-chinois créé à la fin du 18ème siècle par François-Nicolas-Henri Racine de Monville, qui le nomma Désert en référence au Misanthrope de Molière. C’était afin d’y retrouver les pas de Guy Debord, créateur de l’Internationale Situationniste et grand philosophe hégélien de la deuxième moitié du 20ème siècle, qui aimait particulièrement cet endroit. Pour y accéder, il faut réserver auprès de la mairie, ce que je tentais de faire, en même temps que je demandais si la carte de presse permettait la gratuité. Il me fut répondu : “La carte presse vous permet de bénéficier de la gratuité dans la mesure où votre visite est effectuée dans un but professionnel et non pas à titre privé.” A mon tour de répondre que je jugeais cette distinction artificielle. En effet, on n’est pas journaliste, ni ne cesse-t-on de l’être, au gré des circonstances. Les articles ne sont pas écrits d’avance ! Ils sont comme des enfants dont certains qu’on attend ne viennent jamais alors que d’autres, que l’on n’espérait pas, montrent le bout de leur nez sans crier gare.

C’est tout à fait le cas de l’article qui suit. Tout a commencé avec mon désir, pour trouver un apaisement le soir avant le sommeil, d’écouter un Ave Maria. Bien qu’il y ait plus de mille morceaux portant ce titre, ceux que l’on trouve sur YouTube sont principalement l’Ave Maria de Schubert et celui de Gounot. En cherchant mon bonheur, je tombe, par association, sur une mignonne petite fille annonçant qu’elle allait chanter l’Ave Maria de Gounot. Je me suis dit, pourquoi pas... que cela me changerait un peu de mon écoute habituelle. Et en regardant ce petit bout de chou, courir, avec la démarche légère et spontanée des enfants, pour monter jusqu’au podium, je me préparais à entendre l’Ave chanté par une voix enfantine. La surprise fut de taille quand j’entendis une voix de diva, en tous points égale à celle des plus confirmées, qui pourraient éventuellement peser dix fois le poids de cette cantatrice-là. Comment une telle puissance vocale pouvait-elle sortir de ce petit corps ? C’était magique !

Amira Willighagen – Le jury : Chantal Janzen, Gordon Heuckeroth et Dan Karaty

Amira Willighagen – Le jury : Chantal Janzen, Gordon Heuckeroth et Dan Karaty

Mais je n’étais pas au bout de mes surprises, car je venais de visionner la demi-finale d’un concours jeunes talents télévisé présenté Robert ten Brink devant un large public avec un jury composé de Chantal Janzen, Gordon Heuckeroth et Dan Karaty. Je me suis bien sûr empressé de regarder le premier éliminatoire qui avait eu lieu quelques temps auparavant, au mois d’octobre 2013. Elle expliquait au jury, avec une touchante simplicité, comme les enfants savent le faire, qu’elle voulait se hisser à la hauteur de son frère, qui jouait le violon, en chantant et qu’elle avait trouvé de beaux airs d’opéra sur YouTube... Et voilà ! Le jury affichait un certain scepticisme bonasse, en particulier le président qui ne craignait pas de se montrer gentiment sarcastique, lui disant qu’il aurait plutôt attendu une chanson d’enfant... mais que sans doute elle n’aimait pas ça ! Ce qu’elle lui a confirmé sans hésiter, mais pour récolter une autre vanne encore un peu plus perfide quand il lui a demandé s’il avait besoin de bouchons d’oreille ou si c’était sans danger ! Sans se laisser démonter, elle lui a répondu tranquillement que c’était sans danger. Ce qu’ils ont bien voulu croire, alors qu’en réalité ça ne l’était pas tant que ça ! D’abord avec le danger de regretter forcément ces plaisanteries faciles et surtout celui de se trouver soudain confronté au surnaturel, qui abolit d’un coup le monde tel qu’on le concevait jusqu’alors, car la raison se trouve dépassée. Ils étaient tous sidérés, à n’en pas croire leurs oreilles, et l’on pouvait voir la mâchoire du blagueur tomber en direction de ses pieds.

Le coup d'envoi – Amira – Gordon Heuckeroth – Chantal Janzen – Robert ten Brink

Le coup d'envoi – Amira – Gordon Heuckeroth – Chantal Janzen – Robert ten Brink

C’est une vieille âme ! Lança-t-il à sa voisine du jury. C’est une explication pour qui veut croire à la réincarnation, mais on peut aussi penser que Dieu sait faire des miracles. En tout cas la voix de la petite princesse, se déroulait et emplissait la salle devant leur visages ébahis. Un peu plus bluffés à chaque note Gordon et Chantal, sous pression, ne savaient plus comment réagir. Seul Dan, bien que tout aussi étonné comme il l'exprimera ensuite, tenait le choc avec un sourire qui s'agrandissait au fil des envolées vocales de cette incroyable diva.

Dan Karaty aux anges

Dan Karaty aux anges

La prestation terminée, une fois remis de son émotion, Gordon, le président du jury, est revenu à sa théorie basée sur la métempsycose en avançant l'hypothèse qu’elle serait plus précisément la réincarnation de Maria Callas, car en l'entendant il avait cru entendre la voix de légende de la diva disparue . In fine, tous les membres du jury, avec un bel accord, ont répété qu’ils étaient face à l’incroyable, à l’incompréhensible, surtout quand ils ont appris qu'elle avait appris à chanter toute seule – Impossible ! lança Dan – et de lui accorder sans hésiter le ticket d’or, soit le premier prix. Une star était née !

Le ticket d’or

Le ticket d’or

C’était le début d’une grande aventure. Après la demi-finale avec l'Ave Maria, le 21 décembre, Amira remporte la finale une semaine après avec son interprétation de Nessun dorma, un air pour ténor de l'opéra Turandot de Puccini. La vidéo de cette performance (au sens sportif du terme) est devenue rapidement la plus visionnée sur YouTube, avec plus de 36 millions d’accès à travers le monde depuis juin 2015. On y voit que les membres du jury : Chantal, Gordon et Dan, sont aux anges et ne tarissent pas d’éloges. Mais c’est Dan qui résume le mieux la situation en disant, en substance, que tandis que ses amis étaient angoissés en pensant à la pression psychologique qui pesait sur elle du fait de la présence de millions de fans, elle a su balayer cette inquiétude d’un revers de la main pour donner le meilleur d’elle-même. Ce qui montre bien qu’elle est une star... une star qui appartient à la scène.

Amria gagne la demi-finale et la finale du concourt Holland's got talent

Amria gagne la demi-finale et la finale du concourt Holland's got talent

Les premières représentations internationales d’Amira ont eu lieu les 28 Février et 1er Mars 2014 au Starlight Classics Concerts à Somerset West, en Afrique du Sud où, grâce aux recettes de son premier album CD (10 airs d'opéra et un Gold Award) elle sponsorise et ouvre la première aire de jeux pour les enfants dans le township d’Ikageng. Puis le 30 Avril elle se produit à Las Vegas dans le cadre du prix qu'elle a reçu lors de sa victoire à Holland’s Got Talent, le 7 juin elle est à Magdeburg. Mais c’est en juillet 2014 qu’elle obtenait la consécration en reprenant le morceau de ses débuts "O Mio Babbino Caro" avec André Rieu et son orchestre sur la grande place de Maastricht devant 10.000 personnes qui, enthousiastes et pour certaines les larmes aux yeux, lui ont fait au final une “standing ovation”...

Amria au Susana Giménez TV Show en Argentine et avec André Rieu et son orchestre

Amria au Susana Giménez TV Show en Argentine et avec André Rieu et son orchestre

A partir de là commence une marche triomphale vers la gloire : le 16 Juillet 2014 elle chante de nouveau “O Mio Babbino Caro” pour une levée de fonds au bénéfice de l’Unicef (comme elle l’avait fait en 2013 pour les victimes du typhon des Philippines). Quelques jours plus tard elle interprète “Voi Che Sapete” à Crans Montana dans le canton du Valais, en Suisse. Puis le 9 août 2014 "O Sole Mio" à Durban en Afrique du Sud. Ave Maria le 20 août au Susana Giménez TV Show en Argentine. Et "O Holy Night" (Minuit, chrétien) au Royal Albert Hall de Londres le 15 décembre 2014. Le 5 mai 2015 "Song to the Moon" à la cathédrale de Copenhague pour la célébration des 70 ans de la Libération. Avant d’entamer une série de concert de Noël avec l’Ave Maria de Vavilov à Madrid, l’Ave Maria de Gounod en duo à Reykjavík. "O Holy Night" (Minuit, chrétiens) à l’Eglise Saint-Jacques de La Haye" et “See, amid the Winter's Snow" connu comme hymne de Noël, à l’Eglise Saint-Pierre Canisius de Nijmegen dans son pays.

Si l'on reprend l'hypothèse de Gordon de la réincarnation, on peut trouver en effet des similitudes avec Maria Callas, la diva, par excellence, qui nous a quitté en 1977 à l'âge de 54 ans. La Callas, elle aussi précoce, se distingue vocalement dès l'âge de 8 ans, bien qu'en dehors de cela elle soit décrite comme un un vilain petit canard, maladroite et mal-aimée – soit tout le contraire d’une mignonne petite fille bien dans sa peau comme Amira. Mais il semble que, par frustration, sa mère voulait en faire un cygne au chant ensorcelant. Donc, comme Amira, Maria a découvert le chant dès ses huit ans par imitation et par jeu. Elle aussi pouvait reproduire une chanson en l'ayant seulement entendu une fois ou deux. C'est à l'âge de 11 ans qu'elle aussi participe à un concours jeunes talents mais elle n'y fait pas sensation. Alors il y a-t-il lieu de croire à une réincarnation de la Callas ? Rappelons que cette dernière avait été elle-même désignée comme la réincarnation de la « soprano sfogato » ce qui renvoyait à Maria Malibran et à Giuditta Pasta qui étaient considérées comme telles . A ce jeu on pourrait remonter bien loin en arrière, pourquoi pas jusqu'à Nesyamon, chanteuse d'Amon du temple de Karnak en haute Egypte, ou encore au-delà.

Amira et sa tortue Schilpaddie – Amira à 10, 11 et 12 ans

Amira et sa tortue Schilpaddie – Amira à 10, 11 et 12 ans

Le conte de fée se termine, la success story commence. Mais ce ne sera pas forcément un chemin semé de pétales de rose. Un des risques que court la petite princesse est de devenir précocement une “has-been”. Elle a maintenant douze ans – les premiers frissons de l’adolescence. C’est l’âge où l’être humain normal cherche à prendre son envol, comme le papillon qui s’échappe de la chrysalide pour voler vers son accomplissement. Mais cela c’est le destin normal ! Que peut-il en être de quelqu’un comme Amira qui s’est déjà accomplie – La plus jeune chanteuse d’opéra et peut-être en même temps la plus grande. Que peut-elle devenir de plus ? L’avenir nous le dira... en espérant que le sort ne lui jouera pas un tour pendable, comme il sait malheureusement trop bien le faire, et que ceux qui l’aiment sauront la protéger de ceux qui voudront l’instrumentaliser. Et surtout il faut lui souhaiter de garder toujours sa voix d’or et avant tout son âme d’enfant, celle qui ouvre la porte du paradis, souhaiter qu’elle ait toujours un grand coeur dans sa petite poitrine, qu’elle aime toujours les tortues, tout en accomplissant son destin de devenir la plus grande diva du 21ème siècle.

Frédéric Sausse

Tag(s) : #Article de presse

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