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Voyage à travers l’Espace-temps – Frédéric d’Artois

rejeté par le 2ème concours d’écriture de récits 17 boulevard Jourdan, sur le thème "le voyageur immobile"


Péricles l’a dit le premier : « Toutes les bonnes choses de ce monde affluent dans la cité en raison de la grandeur de la cité. » Sans doute la Cité antique avait rêvé la Cité moderne et celle-là contient la Cité du futur, le temps réuni autant qu’il sépare. Comme le forum romain où l’extérieur devenait l’intérieur, la Cité Internationale réunit, réintègre le monde dans l’atome primordial que le big bang avait dispersé et in fine opposé. Une Cité est faite de maisons, celles-ci ont besoin de fondations, ce qui crée les résidences où se retrouvent les collèges. Entrer à la Cité c’est chausser des bottes de sept lieux ou plutôt de sept mille lieux, comme Jules Verne l’avait imaginé pour son voyage sous les mers, mais que nous effectuons en nous plongeant dans les cultures et en passant d’une île à l’autre à pied sec et, traversant l’espace, le citénaute traverse aussi le temps.

A la fondation Satsuma, la Japonaise dans son kimono rose fleuri nous explique le détail de sa calligraphie, la partie droite est la clé du caractère, kokoro, la clé du coeur, tout un programme. La salle est parsemée de kakemono portant tous des calligraphies de différents styles et derrière nous, sur le mur du fond, on peut contempler l’Arrivée des Premiers Européens au Japon, peinture murale de Foujita qui fait se rejoindre l’Orient et l’Occident, aussi bien par le sujet traité que par le style de l’exécution. Je le revois avec sa barbiche et son chapeau de peintre à la pose de la première pierre en mai 1929. Nous pensons à lui en dégustant les délicieux sushi arrosé de sake, ou de vin de bordeaux pour ceux qui préfèrent.

Depuis la fondation de la Cité, l’eau a coulé sous les ponts qui enjambent les océans et nous faisons fais un grand bond dans l’espace par-dessus le Pacifique pour découvrir l’Amérique et ses terres désertées du Nord et du Sud mais pas tout à fait déserte, grâce à l’Argentine l’art continu de vibrer. Les artistes plastiques argentins exposent régulièrement dans le salon de leur maison qui vibre aussi de tous les instruments et des voix envoûtantes qu’on y entend régulièrement. Tous les genres y sont représentés mais c’est avant tout le pays du tango. A la Maison d’Argentine on danse le tango, on le joue aussi et nous somme nombreux à venir l’écouter, pour se retrouver parfois autour d’un verre de vin argentin corsé avec parfois de délicieuses entchiladas.

Un autre bond léger et nous passons au-dessus de l’Atlantique et nous nous retrouvons en Norvège un long couloir qui mène au Cap Nord et qui ne nous attarde pas longtemps car la Suède est là tout proche et avec un pas dans l’espace-temps nous nous retrouvons à la Maison des étudiants suédois qui existe depuis décembre 1931. Chez les Suédois, c’est tout autre chose : la peintre là est aussi pianiste et ses tableaux sur les murs sont comme des partitions, avec des motifs réguliers et rythmés comme les notes qu’elle frappe sur son clavier bien tempéré et qui nous chatouillent les tympans. A la fin du concert nous allons saluer les artistes, les écouter, essayer de tout comprendre de ces Espagnoles brassées en Suède comme de la grande bière, selon la recette propre à la Cité Internationale.

Mais ce n’est pas tout, un autre grand pays de la bière est là à portée de chopine où nous pouvons écouter bien des compositeurs au fil des concerts qui s’égrènent comme les perles d’un chapelet pour une prière sans fin. Il nous a suffit de traverser le Channel et l’association des résonnances nous accueille avec ces musiciens qui n’ont peur de rien et cherchent des sons nouveaux, des sons inouïs, des sons qu’il faut entendre pour les comprendre. Mais celui qui ne comprend pas ces sons peut voir les musiciens, les musiciennes qui remplissent l’espace par la magie leur physique, de leur plastique sonore qui, puissante comme du plastic, nous plaque le dos sur le dossier de notre chaise en plastique. Nous finissons par nous relever de notre ébahissement. Et secouant nos plumes mouillées comme des cormorans après la pêche, nous nous agglutinons autour du pot organisé par notre hôte, le Collège Franco-Britannique. C’est un rallye de vin de bordeaux qui nous réjouit le coeur et nous offre la chance de dialoguer avec les artistes, ceux de la scène que nous venons d’entendre et ceux de la ville venus les écouter, et ceux qui imaginent, rêvent et projettent sur la grande scène de l’art des temps futurs.

Nous finissons, quand même, par échapper l’empire britannique, pour voguer vers d’autres rives et, comme une armada, nous cinglons vers l’Espagne où nous attendent les oeuvres picturales d’une artiste d’avant-garde et en discutons autour d’un verre accompagné de fromage et de chorizo. En fait, l’Espagne n’est qu’une étape pour continuer vers le Portugal à la Fondation Gouveia, une des grandes maisons de la Cité, à une encablure naturellement de la maison du Brésil, et avec sa salle décorée d’une planisphère, rappelant la hardiesse des navigateurs portugais. Une salle toujours riche d’expositions et de musique où cette fois un concert de Fado nous était promis. In fine nous conversons un verre de Porto à la main, et nous passons d’une extase à une autre !

Après la péninsule ibérique, la botte, pas si secrète, c’est la péninsule italique qui nous tire la jambe. Pays de traditions, de terroirs et d’histoire sa maison rappelle la Rome antique. La scène et ouverte principalement aux artistes italiens, que ce soit des vernissages d’arts plastiques qui nous font parcourir les vingts régions du pays ou bien les concerts. Nous avons droit à un concert classique avec naturellement les airs d’opéra et ensuite nous prolongeons ce plaisir par le plaisir de la conversation agrémenté d’un verre de vin et de parmesan. Et comme le monde romain n’exista pas sans le monde grec. Nous poussons une pointe jusqu’à la Fondation Hellénique, temple de la culture antique, qui organise dans son magnifique salon de pur style hellénique, des conférences, des projections, ou des concerts. C’est là seulement qu’on entendra les magnifiques chants grecs des anciens ou des modernes, pour finir autour d’un verre de leur vin mythique accompagné d’olives et de féta.

Pour avoir poussé aussi loin au Sud, nous ne pouvons que repartir vers le Nord. Et la première étape est forcément la Maison Heinrich Heine, pont jeté entre tous les mondes : Jerusalem, Germania, Frankreich, Österreich, etc. Où les penseurs, chroniqueurs, commentateurs, artistes philosophes, ne cessent de défiler d’une table ronde à une autre pour finir devant la table rectangulaire qui rassemble fréquemment des bancs de saumon fumés sur canapés avec du crèment d’Alsace, entre autres spécialités germaniques. De l’Allemagne à la Suisse il n’y a qu’un pas que nous franchissons allégrement pour nous retrouver dans le salon courbe de Le Corbusier véritable conservatoire de la musique contemporaine où arrivent des vagues de musiciens pour nous faire entendre leurs incroyables variations.

Puisque nous disposons de tous les raccourcis de l’espace-temps, il nous reste à visiter les maisons oniriques, celles du futur. Il suffit de continuer notre route d’Ouest en Est et nous commençons par la Russie où nous saluons le lieutenant Kije, de Prokofiev, chef-d’oeuvre de l’imaginaire. Nous admirons le fond d’or des icones avant de déguster le caviar d’aubergine et les blinis aux caviars rouge et noir arrosé de vodka. Continuant notre route vers l’Orient nous arrivons en Chine le pays du dragon rouge et or. Nous trouvons la rencontre de la Chine éternelle, avec sa musique et ses instruments traditionnels qui parcourent la gamme pentatonique et de la Chine moderne et ses virtuoses de la musique occidentale classique. Heureusement, le buffet reste traditionnel, la Chine, même moderne, reste le pays du dragon au plafond et du canard dans l’assiette. Un pas de plus et nous nous retrouvons en Corée. En fait, il nous faut faire un assez grand pas pour enjamber le pays du matin calme du Nord et nous retrouver dans un Sud encore plus calme. La musique est classique mais la gastronomie est traditionnelle avec le fameux barbecue coréen, viande au feu et viande de feu car la cuisine coréenne est épicée, contrairement à la cuisine japonaise pourtant si proche.

Voilà ! Il ne nous reste plus qu’à traverser le détroit de Corée pour nous retrouver à notre point de départ. Notre périple est terminé, c’est-à-dire que nous n’avons plus qu’à le reprendre, encore et toujours, la Cité est éternelle.

Voyage à travers l’Espace-temps – Frédéric d’Artois
Tag(s) : #Littérature, #Récit de voyage

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