Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Tristan et Iseult, Le Christ Pantocrator, Roméo et Juliette

Tristan et Iseult, Le Christ Pantocrator, Roméo et Juliette

Qu’est-ce que l’amour ? Question sans réponse ou qui comporte tellement de réponses que c’est à n’y plus rien comprendre... L’amour physique, l’amour passion, l’amour platonique, l’amour vache, l’amour de l’or, etc... Le monde a perdu la signification du mot amour. Elle a fait l’objet de tant d’abus que tout le monde croit la connaître en même temps qu’on puisse penser que personne ne la connaît. Mais peut-être que l’important n’est pas de la connaître mais de l’éprouver, de voir naître l'amour.

C’est par l'amour que l'être humain veut échapper à l'angoisse de sa condition séparée. "Il n'est pas bon que l'homme soit seul" dit la Genèse. C’est pourquoi l’amour humain commence par une rencontre, qui fait suite à une attente, à un désir. “Personne ne tombe amoureux s'il est, même partiellement, satisfait de ce qu'il a et de ce qu'il est, comme le dit le psychosociologue Francesco Alberoni dans “Le Choc amoureux”, l'amour naît d'une surcharge dépressive qui se caractérise par l'impossibilité de trouver dans l'existence quotidienne quelque chose qui vaille la peine” et il y ajoute sa définition : “l’amour est l’anticipation du bonheur”. Brûlant d’atteindre ce bonheur, la flamme de l’amour est allumée par la rencontre.

Mais il faut se demander en quoi la rencontre consiste. On se souvient de la rubrique du journal Libération de la fin des années 70 : “Chéri je t’aime” qui offrait un moyen de trouver l’âme soeur par petite annonce. Quoi de plus naturel et de plus légitime pour celui qui vit amèrement sa solitude de chercher à la rompre par tous les moyens ! Mais il faut souligner que cette façon de procéder consiste à mettre les choses à l’envers. Car, dans ce cas, c’est le fantasme qui provoque la rencontre, alors que dans la vie normale, ou la vie tout court, c’est la rencontre qui provoque le fantasme. Avant la rencontre on ne pensait à rien de précis et, avec elle, tout change : ce n’est pas le fantasme qui trouve son objet mais l’objet qui concrétise le fantasme. C’est la toute puissance de la séduction, un instant de réciprocité et d'échange, mais qui n'est à personne. Cet instant n'est pas la vérité de l’un ou de l’autre, c'est comme un coup de foudre, la flèche de Cupidon qui blesse, un acte qui échappe à ses acteurs et qui n'est appropriable par aucun d’eux.

En est-il différemment pour l’amour divin ? N’y a-t-il pas une rencontre avec Dieu, qui ne peut pas plus s’organiser que pour l’amour entre humains ? Pour Saint Paul, ce fut sur le chemin de Damas, pour Simone Weill dans la chapelle d’Assise, et pour combien d’autres ! On ne pouvait pas s’y attendre, ni la deviner, et sans une rencontre avec le divin il ne peut y avoir d’amour divin. Sans cette rencontre, il est impossible d’aimer de façon désintéressée et inconditionnée.

Certains avancent que l’amour humain se limite au donnant-donnant, une sorte de contrat où chacun doit trouver son compte. Si la personne que nous aimons nous trompe ou nous déçoit, nous cherchons quelqu’ un d’autre. Mais si l’amour ne se distingue en rien des relations ordinaires que nous entretenons avec tout un chacun, en quoi mériterait-il son nom, ou n’importe quel nom qui ne voudrait ne rien dire ? On ne peut contredire une telle vision étriquée de plus belle façon qu’avec ces vers de Shakespeare : “L’amour n’est pas l’amour qui change quand il trouve un changement ou qui se détourne quant l’autre se détourne”. Quand il obéit à cette loi, l’amour humain devient véritablement divin.

Alors, l’amour humain et l’amour divin, deux réalités ou une seule ? Il semble que Jésus réponde à cette question quand il dit : “Je vous donne un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres ; comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres” (Jean 13 : 34-35). Après avoir dit cela il nous a montré jusqu’où cela peut mener.

Dans le monde, on peut aisément constater que les amitiés se défont et les couples aussi, que les familles sont le lieu de haines profondes, que l’amour humain est rarement capable de résister à la haine et qu’il peut être terriblement destructeur. Malgré cela, Jésus dit : “Aimez-vous les uns les autres ; comme je vous ai aimés”. C’est donc qu’il juge un tel amour possible, ou qu’il veut le rendre possible. Avec lui l’amour de Dieu s’humanise et devient une “apothéose”. Ce qui, dans notre civilisation hélléno-chrétienne, nous ramène au mythe de Psyché : la personnification de l’âme humaine. Ses épreuves sont celles que l’on doit surmonter pour parvenir à la conscience en passant par toutes les expériences. En aimant un dieu invisible elle introduit l’idée des “yeux de l’âme”qui sont le contraire de l’idolâtrie. Car on peut voir toutes ces formes d’amour et toutes les formes que l’on cherche à donner à l’amour, comme autant d’idoles. Et quand on pense à l’amour comme on pense à la vérité, il nous échappe toujours. Pour s’y retrouver, il faut penser que s’il n’y a qu’un seul Dieu, il ne peut y avoir qu’un seul amour. Un seul amour mais capable d’accomplir toutes les autres amours.

Tag(s) : #Billet

Partager cet article

Repost 0