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La musique métaphore de la foi – par le père Champagnac

Née dans la préhistoire et dérivant croit-on de la danse, la musique est comme elle un mouvement et classiquement elle se compose aussi de mouvements. La musique n’a pas d’âge, elle n’a pas de frontière. Platon témoigne du fait que les Grecs appréciaient beaucoup la musique. Le roi David était musicien en même temps que poète. Et selon la Bible, Dieu ne se donne pas à voir mais à entendre : Il est irreprésentable, donc invisible, en revanche Il est audible.

Les statues et même les images peuvent devenir des idoles. La musique est donc plus exclusive de la relation à Dieu. La foi n'est pas un objet mais un mouvement. Pascal voit ainsi la relation voulue par Dieu “si tu me cherches tu m’as déjà trouvé”. Le mouvement devient son propre but. Avec saint Jean de la Croix à l’inverse de tout ordre établi, Dieu pousse à aller plus loin. Ne peut-on en dire autant de la musique ? Avec elle pas d’arrêt (sur image). L’image arrêtée peut donner lieu à toutes les manipulations, tandis que, le son nous atteint sans que nous puissions le retenir, comme Dieu, ou comme l’amour dans Carmen : “tu crois le tenir, il t’évite”.

L’espace de musique dans lequel nous vivons nous construit. C’est peut-être pourquoi quand le malheur nous frappe, la musique devient impossible. Dans le psaume 137, les israélites exilés et déportés loin de leur pays suspendent leurs harpes aux saules qui bordent le fleuve et se déclarent incapables de chanter quand les vainqueurs les y invitent. Pour faire saisir le malheur qui s'abattra à la fin des temps sur Babylone, l'Apocalypse nous dit (18-22) qu'on n'y entendra plus ni le son des luths, ni des flûtes, ni des trompettes. L'absence de musique est signe de misère et de désolation.

Kant voit dans la musique « l’art du beau jeu des sensations » tandis que Hegel y décèle une sensation pure, c’est-à-dire une sensation, de part en part, spirituelle. La musique est répétition et cette répétition du même ouvre sur la sensation de permanence du moi. Donc si la musique permet de croire à soi-même elle offre la possibilité de croire aussi à l’autre. L'acte de croire est très complexe qui ne consiste pas du tout à croire qu’un quelconque énoncé est vrai. Croire, c'est un rapport à l'autre, le "croire" c'est le désir de l'autre. Et dans la pensée lacanienne le grand Autre c’est finalement Dieu, ou un lieu symbolique inaccessible, comme dans les textes mystiques, spirituels, ou toutes les formes de la connaissance et de l'expérience débouchent toujours sur : il faut aller plus loin.

Tous les arts, même quand ils ont complètement perdu leur rapport au religieux, traduisent notre désir de spiritualité. L’art nous donne accès à la joie pure à ce que le langage n'arrive pas à dire, à ce que l'intelligence ne peut pas calculer, à ce que la pensée ne parvient pas à déchiffrer, et qui pourtant nous habite, nous anime et apporte à notre existence sens, élan et profondeur. Aussi paraît-il profondément et intimement lié avec la spiritualité et dans l’art, la musique, par son rapport au temps, redevient en quelque sorte : langage.

Tout le monde connaît le génie Bach, imprégné par la spiritualité comme l’était aussi la musique grégorienne. La musique nous fournit un chemin pour rencontrer la foi. Mais, nous l’avons dit, il n’y a pas que la foi en Dieu, il y a aussi la foi en l’autre, le désir de l’autre, et Barthes considère que le discours amoureux doit être juste au sens musical du terme. Donc tout le monde est quelque part musicien, par l’esprit nous rendons notre vie musicale.

Tag(s) : #Billet

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